
Le projet Une histoire de vieillesse a été mené au sein du Centre Hospitalier Intercommunal Monts et Barrages, en partenariat avec l’association Chausse Trappe. Il s’est inscrit dans une démarche de création artistique participative, mobilisant le théâtre comme outil d’expression, de transmission et de lien social auprès des personnes âgées accueillies au sein de l’établissement.
Partant du constat que la vieillesse est souvent abordée sous l’angle de la dépendance ou de la gestion médico-sociale, le projet a souhaité proposer un autre regard, en considérant la vieillesse comme l’aboutissement d’un long parcours de vie, riche d’expériences, de savoirs et de mémoires. Inspiré des travaux historiques sur la vieillesse en France, le projet a donné toute sa place à la parole des résidents, en valorisant leurs récits individuels et collectifs.
Le projet s’est décliné sous la forme d’ateliers théâtre réguliers, pour un total de 23 séances, organisées au sein de l’établissement. Ces ateliers ont réuni environ 30 bénéficiaires directs, âgés de 75 à 95 ans, issus des services EHPAD, USLD, Accueil de jour et Service de Soins de Suite et de Réadaptation. Des entretiens individuels ont également été réalisés afin de permettre la participation de personnes ne pouvant se déplacer ou s’inscrire dans un travail de groupe.
Chaque séance s’est construite autour de temps de discussion, d’échanges et d’improvisations, permettant aux participants de partager leurs souvenirs, leur vécu et leur regard sur les transformations de la société. Les thèmes abordés ont été volontairement choisis afin d’éviter les sujets douloureux, et ont porté notamment sur la famille, le travail, le rapport au corps, les métiers, les transports, la modernité, les gestes du quotidien, les repas, les fêtes, le mariage ou encore les activités agricoles et domestiques d’autrefois. Chaque thématique était introduite par un élément déclencheur tel qu’une photographie ancienne, un objet, une musique, un texte, un son ou un article de presse.
Le travail théâtral s’est appuyé sur des techniques accessibles à tous, issues de la pratique du comédien : travail de la voix, respiration, relaxation, expression corporelle, mime et improvisation. Ces outils ont permis aux participants de s’exprimer de manière ludique et progressive, sans exigence de performance, dans un cadre bienveillant et sécurisant. La démarche a favorisé la confiance en soi, la prise de parole et l’écoute mutuelle.
Les souvenirs et anecdotes recueillis au fil des séances ont été progressivement organisés et scénarisés afin de constituer la matière d’une création théâtrale originale. Des enregistrements audio de témoignages ont été réalisés pour permettre la participation des personnes à mobilité réduite ou dont l’état de santé ne permettait pas une implication physique prolongée. Ces supports sonores ont été intégrés à la création finale, mêlant voix enregistrées, lectures, mises en espace et jeux de corps.
Le projet a abouti à une représentation finale, organisée au sein de l’établissement, qui a rassemblé plus de 80 personnes, incluant des résidents, des familles, des professionnels, ainsi que des représentants et usagers d’autres établissements médico-sociaux du territoire. Ce temps de restitution a constitué un moment fort de valorisation des participants et d’ouverture de l’établissement sur son environnement. Il a permis de partager une mémoire collective, de susciter des échanges intergénérationnels et de renforcer le sentiment d’appartenance à une histoire commune.
Au-delà de la dimension artistique, le projet Une histoire de vieillesse a poursuivi plusieurs objectifs sociaux et humains : rompre l’isolement, renforcer le lien social, valoriser les parcours de vie, reconnaître les savoirs et les savoir-faire des anciens, et contribuer au bien-être et à l’estime de soi des participants. Les retours des résidents, des familles et des professionnels ont souligné l’impact positif du projet, tant sur le plan relationnel qu’émotionnel.
Par sa démarche participative et inclusive, le projet a pleinement trouvé sa place au cœur de la politique culturelle de l’établissement, en cohérence avec les objectifs de maintien de l’autonomie, de socialisation et d’ouverture culturelle